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AuthorLumarque, Jacky (RDI)
Date Accessioned2021-01-01T23:20:45Z
Date Available2021-01-01T23:20:45Z
Date of Issue2020-06
Identifier (URI)http://hdl.handle.net/123456789/351
AbstractNous avons donc organisé la réflexion autour de quatre grandes thématiques : la santé, la gouvernance, l’économie et la société. Dans la première partie consacrée à la santé, le lecteur lira avec profit les recommandations de l’OMS rappelées par le Prof. Christian Raccurt, la contribution du Dr Jean Hugues Henrys, dont tout le monde connaît le rôle déterminant qu’il a joué dans la lutte contre le choléra et qui fait le point sur la situation sanitaire en Haïti à ce jour, ainsi que celle du Dr Laroche, ce dernier insistant sur le rôle que pourrait jouer le réseau des hôpitaux privés dans un accueil coordonné des malades et sur l’intérêt de mettre en place un système de couverture universelle en santé, un projet innovant à plusieurs points de vue. Les propos de René Jean-Jumeau, empreints de réalisme, intitulés « Je n’ai pas peur du coronavirus », relativisent l’anxiété générale et ouvrent une fenêtre d’espoir. Il mentionne des chiffres et des faits qui permettent de situer plus clairement, « sans exagération ni surenchère », le coronavirus dans la hiérarchie des menaces auxquelles doivent faire face les êtres humains. On retiendra aussi les idées fortes du Dr Max Millien, spécialiste éminent en médecine vétérinaire, attaché aux vertus de l’État de droit, proposant des mesures complémentaires de celles qui ont été prises, incitant à mettre en place « une législation appropriée aux circonstances », « des structures capables de faciliter la concertation intersectorielle » et appelant à préparer l’après-Covid-19, en ayant à l’esprit les « idées de progrès, de justice sociale, d’organisation et de gouvernance orientées vers l’intérêt commun ». Dans la seconde partie intitulée « Gouvernance », on ne manquera pas d’être étonné par l’analyse clairvoyante de Jean-Claude Bruffaerts, qui, dès le 7 avril, compare les stratégies de quatre pays : France, Haïti, Bénin et Corée du Sud. Connaisseur avisé et ami de notre pays, il estime qu’Haïti « doit inventer sa propre réponse » et que le coronavirus est « une occasion à saisir pour prendre son destin en mains ». De son côté, Stervins Alexis, ingénieur civil de formation, délivre un message identique en présentant une réflexion sur la manière de transformer la situation en opportunité pour établir des bases de réponse au Covid-19. Il propose un renforcement des capacités techniques du secteur public, notamment par l’élaboration d’un plan national d’aménagement du territoire, contribuant à une redistribution de l’habitat, un sujet de haute importance. Le texte de James Boyard, spécialiste des questions de sécurité, exigeant et particulièrement stimulant, apporte, lui aussi, des éclairages on ne peut plus pertinents. Selon lui, l’impact le plus durable du Covid-19 dans le monde sera politique. Les « discours de risque ou de danger » dessineront « un monde caractérisé entre autres par la disparition des frontières entre la sécurité nationale et internationale, le recul de la gouvernance démocratique et le retour en force des débats sur le projet des économistes critiques sur la décroissance ». Un texte à lire, relire et méditer ! Jean-Marie Théodat, géographe expert dans la lecture sur le « terrain » des inconséquences haïtiennes, grand connaisseur de la République voisine, comparant les situations très différentes de la République Dominicaine et d’Haïti, plaide pour « un contrat spatial » qui serait « un engagement à se protéger mutuellement entre voisins », une idée qui pourrait relancer la concertation entre les deux pays qui partagent la même île. Cette orientation est d’autant plus stratégique que, selon plusieurs observateurs, l’épidémie n’est pas prête de s’arrêter compte tenu du nombre de personne revenus de République Dominicaine. Selon l’Organisation internationale des migrations, 47 000 Haïtiens ont en effet quitté le pays voisin depuis le début de l’épidémie, sans être nécessairement passés par l’un des quatre points de frontière officiels où des contrôles sanitaires peuvent être réalisés. Jean-Marie Théodat, géographe expert dans la lecture sur le « terrain » des inconséquences haïtiennes, grand connaisseur de la République voisine, comparant les situations très différentes de la République Dominicaine et d’Haïti, plaide pour « un contrat spatial » qui serait « un engagement à se protéger mutuellement entre voisins », une idée qui pourrait relancer la concertation entre les deux pays qui partagent la même île. Cette orientation est d’autant plus stratégique que, selon plusieurs observateurs, l’épidémie n’est pas prête de s’arrêter compte tenu du nombre de personne revenus de République Dominicaine. Selon l’Organisation internationale des migrations, 47 000 Haïtiens ont en effet quitté le pays voisin depuis le début de l’épidémie, sans être nécessairement passés par l’un des quatre points de frontière officiels où des contrôles sanitaires peuvent être réalisés. De son côté, Georges Fauriol, partant du principe que « le Covid-19 peut être un tremplin pour relancer la promesse d’une Haïti meilleure, axée sur les soins de santé publique et l’éducation », s’attache à montrer que la crise du Covid-19 en Haïti ne fonctionne pas en vase clos et que la Caraïbe tout entière fait face à la pandémie. Élargissant la proposition de Jean-Marie Théodat, il plaide pour une réponse régionale, pour une implication coordonnée de la diaspora haïtienne. Le point central reste bien évidement les relations d’Haïti avec les États-Unis, un sujet que développe Daniel Erikson en montrant comment le Covid-19 est venu aggraver une situation déjà précaire sur les plans de la gouvernance politique, de l’économie et de la sécurité et en proposant plusieurs axes de coopération pour les États-Unis et la communauté internationale, notamment l’extension du TPS (Temporary Protection Status) au delà du délai prévu en 2021 et une plus grande détermination dans l’assistance à la résolution de l’impasse politique actuelle. Cette partie II s’achève par une contribution de l’ancien Gouverneur de la BRH, Fritz Jean qui, s’interrogeant sur les perspectives d’avenir pour Haïti dans le contexte d’un nouvel ordre mondial, ne mâche pas ses mots en énumérant les problèmes principaux des premiers mois de 2020. Son diagnostic concernant Haïti est sans appel: « Une économie embourbée dans des pratiques de népotisme, de clientélisme, de contrebande et de corruption ». Pour construire une économie plus solidaire, « il nous faut, dit-il, casser cette relation incestueuse entre l’État et des groupes d’intérêt du secteur des affaires, de la société civile, et d’un Parlement totalement dénaturé ». Dans la troisième partie consacrée à l’économie, le lecteur sera sans aucun doute ravi d’être confronté à des pensées originales, voire provocatrices s’appuyant sur des expériences professionnelles de haut niveau, des travaux individuels de spécialistes, mais aussi sur des stratégies collectives comme dans le cas de l’ADIH, avec l’énoncé d’une politique publique secto-rielle appliquée à l’industrie haïtienne du vêtement. Pour l’économiste Gérald Chéry, le diagnostic est clair : « Le pays ne produit pas pour sa population »; il est fondé sur une économie de rente où prévalent les importations à outrance et où les possédants n’ont aucun intérêt à disposer d’une main-d’oeuvre locale formée. Compte tenu de la diminution prévisible des transferts de la diaspora et de la réduction de l’aide financière internationale au cours des mois à venir, « Haïti devra relancer sa production en comptant sur ses propres réflexions et ses propres moyens ». Comme plusieurs observateurs avertis, il reconnaît que le Covid-19 frappe Haïti, alors que le pays « fait face à une crise qui dure depuis quatre décennies ». Mathias Laureus se livre à une interprétation de l’histoire d’Haïti et n’hésite pas à parler de « tragédie ». Dans le panorama saisissant qu’il fait des 19è et 20è siècles, où il met en rapport les catastrophes naturelles et les pandémies majeures d’un côté et les pratiques de mauvaise gouvernance de l’autre, il écrit : « Les luttes politiques, presque toujours motivées par des considérations pécuniaires et par le désir de capter les ressources et les biens publics ont été d’une rare intensité et la terreur par le recours à des massacres et à des expositions publiques de cadavres démembrés des adversaires a été l’instrument de choix des clans politiques qui s’affrontaient ». Il conclut par cette phrase : « La contradiction entre la rationalité individuelle et la rationalité collective du 19è siècle qui provoqua la calamité collective se répète en ce début du 21è siècle ». De son côté, William Savary, expert de l’industrie de la finance au niveau national et international, déploie une pensée audacieuse en tentant de déchiffrer l’avenir. Pour lui, Haïti fait du sur-place depuis trente ans. L’origine fondamentale du mal, c’est le modèle de l’économie de marché où « l’État est émasculé ». Les décisions prises par le Gouvernement pour gérer la crise du Covid-19 « sont du « copier/coller », des parodies de ce qui a été décidé ailleurs par des économies qui disposent des moyens de leur politique ». « La crise est en fait politisée ». « Le moment est venu de se saisir du pays par les cornes pour le conduire sur une autre voie. » Il énumère les différentes mesures qui devraient être prises en tenant compte du contexte géopolitique international, notamment du rapport de force entre la Chine et les États-Unis au cours des mois à venir, et il conclut : « Le Covid-19 nous donne l’opportunité de transformer le pays ». « En aurons-nous le courage ? ». La contribution du Group Croissance intitulée « Impacts de la mauvaise gouvernance sur la pauvreté et les inégalités sociales en Haïti (2010-2020) » démontre brillamment, par l’étude notamment les budgets nationaux qui se sont succédé depuis 10 ans, et l’utilisation des données fournies par la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International, entre autres, que la pauvreté ne tombe pas du ciel et qu’elle est la conséquence directe de décisions prises au plus haut niveau par ceux qui détiennent les rênes du pouvoir politique et économique, dans leur propre intérêt et dans celui d’une petite minorité privilégiée. Il ne viendra, je pense, à l’esprit de personne de contester cette thèse, qui rejoint d’une certaine manière celle de Fritz Jean. Malvenu serait le lecteur qui dénoncerait dans cette contribution une vison idéologique quelconque ou un point de vue partisan. En effet, la présentation du Group Croissance est fondée sur des documents officiels incontestables, des chiffres, des données, des comparaisons internationales, avec le souci constant de la vérité des faits et de la chronologie. Cette présentation que je qualifierais de magistrale est la preuve que le pays ne connaîtrait pas la malheureuse situation dans laquelle il se trouve si la priorité était accordée à la connaissance, à la volonté de comprendre, à la rigueur, à l’honnêteté intellectuelle et était partagée par ceux qui gouvernent. Dans la quatrième partie organisée sous le terme « société », diverses thématiques sont abordées. On peut les regrouper en trois sous-ensembles (si l’on excepte la contribution de Rose-May Guignard dont il a déjà été question au début de cette introduction) : le point de vue des syndicats, l’éducation (avec trois contributions), et la diplomatie. L’un des mérites de l’ouvrage, fondé sur l’idée que le rôle de la société civile est de créer des forums de discussions, propices à une réflexion sans tabous, est d’être parvenu à mettre en présence dans une perspective de dialogue social les points de vue des employeurs et des travailleurs (ADIH et Confédération des Travailleurs Haïtiens) sur les mesures prises dans le secteur de l’industrie textile, mais aussi d’avoir réservé une place, quoique trop réduite à mon sens, au droit grâce à la contribution de Bernard Gousse qui conclut, au terme d’une argumentation juridique d’une parfaite rigueur, que le décret sur la pandémie est inapplicable. Nesmy Manigat, dans un article fort opportunément intitulé « L’éducation de qualité, le premier des vaccins », indique que « le Covid-19 nous plonge dans la crise d’un modèle de civilisation ». Selon lui, « Avec 80% de maîtres non formés et sans permis d’enseigner, la majorité des écoles n’est pas encore prête à incorporer de manière crédible les technologies de l’information dans leur pratique pédagogique quotidienne ». Il préconise une « réforme des curricula du préscolaire jusqu’à l’enseignement supérieur pour construire l’école de l’après-Covid-19 ». Un grand chantier est ouvert. La contribution collective de Marcel Pariat, Pierre Eddy Cézar, et Pascal Lafont, sous-tendue par une réflexion de haut niveau, s’appuyant sur une abondante bibliographie et des idées fortes de penseurs contemporains, comme Edgar Morin, sur les notions d’ordre et de désordre, de risque, d’incertitude, d’innovation, d’éducation à la citoyenneté, incite à la réflexion et ouvre des voies stimulantes pour l’exploration des possibles. Je ne résiste pas au plaisir de citer ces phrases empruntées à Edgar Morin : « Il n’est guère possible de prédire si les conduites et idées novatrices vont prendre leur essor, voire révolutionner politique et économie, ou si l’ordre antérieur se rétablira. ». Mais, « il est à craindre que la régression généralisée qui s’effectuait déjà au cours des vingt premières années de ce siècle (crise de la démocratie, corruption et démagogie, régimes néo-autoritaires, poussées nationalistes, xénophobes, racistes…) reprenne son cours tant que n’apparaîtra pas une nouvelle voie politique-économique-écologique-sociale guidée par un humanisme régénéré. L’après-épidémie sera une aventure incertaine où pourront se développer les forces du pire et celles du meilleur. » (Morin, 2020). Comme cela a été déjà indiqué, les idées d’un changement possible de société après le Covid-19 et les conditions internes et externes pour y parvenir sous-tendent les contributions de Fritz Jean, de James Boyard, mais aussi de Rose Nesmy Saint-Louis (Haïti dans les ordres mondiaux). Ce dernier brosse une fresque saisissante de l’histoire d’Haïti avec pour leitmotiv la phrase suivante : « Aucune nation ne peut bien naviguer dans l’ordre mondial sans être dotée d’un leadership éclairé, d’une vision nationale, d’objectifs de progrès et d’un plan pour ses propres affaires nationales et internationales ». Patriotisme économique, volonté de réussir, éradication de la corruption, progrès social, stabilité, solidarité, tels devraient être, selon Rose Nesmy Saint-Louis, les objectifs d’un pays comme Haïti qui, ainsi, « réapprendrait à marcher la tête haute ». Focalisée sur la question du devenir de la diplomatie haïtienne, cette contribution, plongeant dans le passé lointain du pays et maniant avec brio les concepts relatifs aux grandes tendances de la géopolitique mondiale, en pointant pour chaque grande période les manquements des dirigeants haïtiens successifs, s’avère être une précieuse contribution intellectuelle au débat politique qui s’annonce avec les prochaines élections en Haïti.
Languagefr
PublisherPresses Universitaires de l’Université Quisqueya
TitleHAÏTI ET LE COVID-19: DES OUTILS POUR COMPRENDRE ET AGIR
TypeBook


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